J'ai l'air toujours ennuyé, sans pour autant donner l'impression que j'ai l'oeil triste. La tristesse n'est pas de bon ton, avertit le prince Korasoff dans "Le rouge et le noir". Car si je suis triste, c'est qu'il me manque quelque chose ; je suis donc un être inférieur. En revanche, si je m'ennuis, c'est que l'on a vraiment tenté de me satisfaire. Ce sont alors les autres qui ont échoué, ce sont eux les inférieur. Il importe peu que je soit aimé ou haï ; dans les deux cas, on me respecte. J'intrigue dit-on ! Au demeurant, je me moque éperdument de ce que l'on pense de moi. Je sais que je domine toujours et que je snoberais tous les autres.
Voyez quel naturel je met à la domination : voyez comme je suis arrogant, souverain, spontané et léger. Je vous embrasse soudain du regard, et me voila frappé d'ennui, méfiant, quasi dégoûté. Puis, c'est vous qui serez frappé : vous tombez sous le joug de mon élégance, vous etes réduit à néant, aveuglé par mon charme, sans défense.
J'ai un grand besoin de distance ! Physique et spirituelle. Votre servilité m'irrite.
Vous voulez vous adresser à moi ? Déployez la plus excentrique élégance, montrez-vous d'une parfaite authenticité ou gardez en reserve quelque mystère susceptible d'attirer mon attention. Néanmoins, il est peu probable que je vous remarque. Je suis blasé. D'une indiférence méphistophélique. Malgré vos vetements flamboyants, malgré toute la peine que vous vous donnez pour devenir l'un de mes proches, beaucoup reste invisible.
Nul qu'à votre première rencontre, je trouve votre intrusion fort irritante, mais je tolère poliment. Je peux même vous gratifier d'une phrase, du style : "Il me semble que j'ai déjà entendu parlé de vous..." et vous en etes immensément flatté. Ne vous rengorgez pas : vous savez bien que vous n'avez rien à m'offrir ! Il se peut aussi que je déclare tout net ne plus me souvenir de votre visage.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire