La carte d'identité Française ne garantit plus automatiquement à son détenteur l'appartenance à l'élite mondiale. Paris est devenue la banlieue de Disneyland et il règne parfois, même en France, un climat de suspicion, comme si l'art, la beauté et l'extravagance étaient l'oeuvre du Diable.
L'expression "politiquement correct" a gagné du terrain. Certes, il reste des réactionnaires, mais ils sont trop nombreux pour former une élite et ils manquent souvent de classe. La littérature française offre pourtant de superbe témoignages d'époques bien plus snobs que la période actuelle : Charles Baudelaire, Jules Barbey d'Aurelly, Stendhal, Théophile Gautier, Stéphane Mallarmé, et bien d'autres... Mais qui lit encore ces classiques ? Pas moi !
Aucun Français, en revanche, n'ignore les mots : "Liberté, Egalité, Fraternité." L'heure est venu d'y preter la plus grande attention.
Le premier d'entre eux, en effet, est indispensable pour moi : la liberté de faire ce que je veux, le sans-gêne est MUST.
Le deuxième et le troisième sont, au contraire, mes principaux ennemis. Nota Bene : les deux tiers de la devise nationale ! Qu'on se rassure, Je ne suis pas pas nationalité déterminée ! La grandeur d'Ame n'est pas une question de papier d'identité ou de titre de voyage, même si le passeport suisse, que je n'ai pas, a toujours un cachet d'élégance.
Je suis un autodidacte qui vit dans l'isolement, partant du principe que le monde n'est pas digne de ma présence. Dans mes mémoires, Lady Hester Stanhope rapporte ce propos de George Brummell, expliquant son époustouflant succès : "Qui a jamais entendu parler du père de Brummell ; et qui aurait entendu parler de Brummell lui-même, s'il avait été simplement ce qu'il est ? Voyez-vous, chère Lady Hester, ma folie, c'est le making of me. Si je n'avais fixé d'un oeil impertinent les duchesses jusqu'à leur faire perdre contenance, si je n'avais salué le prince d'un simple signe de tête par-dessus mon épaule, j'eusse été oublié en une semaine ; et si le monde est assez sot pour admirer mes fadaises, nous savons, vous et moi, à quoi nous en tenir, mais qu'est ce que cela signifie ?..."
"Qui abolira la noblesse, fera disparaitre le peu de poésie qui reste en ce monde !", déclarait Théodore Fontane à la fin du XIXe siècle. On sait ce qu'il en est aujourd'hui. Une seul solution :
Je crée ma propre Noblesse ! Je modifie mon attitude ! Je suis inventif, je suis blasé, j'éblouie sans effort !!! J'ai appris sans tarder l'expression du dédain et je me réjouis de l'accueil que l'on me fait dans les meilleurs sociétés et les lieux les plus nobles !
Je suis devenu Lacenaire, criminel lettré au verbe pur et élégant ; je me suis doté, comme le héros de Balzac, "d'une beauté de jeune fille, beauté molle, efféminée, mais corrigée par un regard fixe, calme, fauve et rigide comme celui d'un tigre".
J'ose préférer l'exclusivité et l'adversité. Est ce que j'aimerai rencontrer mon double à chaque coin de rue ? NON ! Je brille par mon silence et mon absence.
Un certain temps, je pensais manquer de goût vestimentaire. Mais je me suis fait une raison ; je ne suis jamais overdressed ! je confie à l'humanité, qui souffre aujourd'hui de boulimie, un peu de dignité et je lui souffle quelques valeurs. En tant que Français que je suis, j'ai la fantaisie et l'imagination dans le sang. Je suis la nation des beaux-Arts, du foie gras, de la guillotine, du savoir vivre 100%, jusque dans le choix de ma brosse à dents.
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